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Ils n'ont même pas dix ans. Même pas dix ans d'existence et pourtant, Haken est déjà ancré confortablement au haut du panier de la scène prog avec trois albums de haute volée. Et ce n'est pas le petit dernier qui viendra démentir ce qui va rapidement s'imposer aux yeux de tous comme l'évidence : Haken défonce tout.

Après cette petite introduction partisane, replaçons les choses dans le contexte : Haken est un sextet londonien fondé en 2007, auteur de trois albums et s'apprêtant à sortir son quatrième effort, Affinity, le 29 de ce mois. Ils évoluent dans un style rock/metal progressif maîtrisé sur le bout des doigts, qu'ils exécutent avec le feeling indispensable pour laisser leur empreinte. C'est ce que nous allons voir par le menu, tout de suite :

Cela commence sur des bruitages de vieux PC opérant ses calculs, laissant progressivement la place à une petite montée en puissance menant au premier vrai morceau : Initiate

Premier riff, et c'est déjà le feu d'artifice. Assez peu direct, celui-ci propose pourtant une rythmique qui, en accord avec la batterie, ne manquera pas de faire hocher de la tête l'auditeur attentif. Puis passage désaturé, porté par un chant angélique. C'est classe. 

Le son des guitares est hors du temps, assez peu distordu si l'on compare aux standards actuels. Cela laisse beaucoup de place pour les différentes couches instrumentales qui s'entremêlent joyeusement.

Avec 1985, Haken dévoile le pot aux roses. Les sonorités sont tellement heighties que mon laptop s'est automatiquement transformé en IBM !

 

Mais malgré le fait que Haken mette clairement les deux pieds dans le plat de la musique rétro, le son reste extrêmement moderne avec des vrais morceaux de djent dedans (sans déconner !). Et bien sûr ça sonne totalement naturel, on en viendrait presque à se demander pourquoi personne n'y a pensé depuis ces trente dernières années. Les claviers cheesy à souhait se mêlent donc sans vergogne aux grosses rythmiques, pour votre plus grand plaisir. Bien entendu, ça ne serait pas drôle si ça ne durait pas longtemps, alors accrochez vos ceintures et c'est parti pour neuf minutes d'une musique dynamique, proposant hauts et bas faisant défiler le temps à une vitesse plus élevée que la normale. Mais vous n'avez encore rien vu.

Avec Lapse, une première partie développe une ambiance à la texture sonore riche emplissant le spectre, laissant la place à une longue partie centrale plus axée sur la dynamique des instruments, pour revenir sur un final développeur d'ambiances.

Puis The Architect entre en scène. Préparez-vous pour une épopée fantastique où les sonorités de tous âges n'hésiteront pas à se mêler dans une orgie d'ambiances. Du trifouillage progressif à l'ambiance magistralement orchestrée en passant, dans une montée en puissance infernale, par le black metal (avec un Einar Solberg [Leprous] magistral), Haken nous sert là l'essence de la musique progressive, à savoir un élan vers l'avant brisant toute convention de structure et de barrière des genres. 

[Après vous avoir asséné cette phrase qui, tout comme le morceau décrit, est à tiroir, tentons d'arrêter le tir]

Earthrise continue sur la lancée eighties dans un style léger et sautillant. Les parties du morceau, quoique différentes en termes de sonorités, s'enchaînent avec une fluidité naturelle vexante de facilité. 

Red Giant laisse quant à lui la place à une émotivité à la fragilité désarçonnante. C'est tout simplement magnifique. Si l'album provoquait jusqu'ici le pur plaisir esthétique, c'est aux tripes que ce morceau vous attrapera, laissant pantois votre corps frissonnant. 

Après l'émotion, l'adrénaline. Car c'est bien une décharge de cette délicieuse hormone que provoquera The Endless Knot. C'est là le tube instantané de l'album, marquant par son audace, sa fougue, son feeling. Il y a même un break électro (oserais-je dire dubstep ?) pour achever de vous mettre sur le cul. Je crois bien que c'est la première fois que j'ai réécouté un morceau précis, tout de suite après avoir fini une première écoute d'album. Je n'en revenais tout simplement pas. Seul hic : le dernier tiers est peut-être un peu moins marquant, ne laissant que l'outro épileptique à notre bon souvenir.

Ma réaction à l'écoute de The Endless Knot :

Et c'est sur Bound By Gravity que l'album s'achève, c'est-à-dire sur une touche planante et mélancolique. C'est le morceau le moins dispersé de l'album, proposant une longue partie mélancolique menant petit à petit sur une montée en puissance et un changement d'ambiance plus lumineux. Cela s'achève comme ç'a commencé, par des bruitages de vieux PC. La boucle est bouclée. L'œuvre est finie. 

Et quel album ! C'est un nouveau chef-d'œuvre, maîtrisé de bout en bout, porté par un son limpide laissant toute l'expressivité nécessaire aux instruments. 

Chapeau bas, messieurs !

 

Tracklist de Affinity :

01. Affintiy
02. Initiate
03. 1985
04. Lapse
05. The Architect
06. Earthrise
07. Red Giant
08. The Endless Knot
09. Bound By Gravity